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Investir autrement : Entretien avec Monsieur Peyrot, Directeur d’ESFIN Gestion.

Par GRIP21

En quoi votre fond d’investissement diffère-t-il des autres ?

Les SCOP ont été fondés sous l’administration Rocard pour augmenter le Capital des entreprises sociales.

Aujourd’hui, on trouve des SCOP dans de nombreux domaines :

       -Pêche, agriculture : bien entendu.

       -Mais aussi commerçant : Leclerc, Kriss Opticiens pour citer les plus célèbres.

       -Enfin dans tous les secteurs ou cela peut-être envisagé : Par exemple Best Western dans l’hôtellerie.

Des coopératives sont créées lors de l’ouverture d’une entreprise, ou lorsque l’une d’elles est « reprise » par ses salariés, ce qui arrive parfois lorsqu’une entreprise connaît des difficultés. Nous portons donc une attention particulière à l’environnement du traitement des difficultés d’entreprises.

Notre premier rôle est celui de conseil, lorsque des personnes manifestent le souhait de créer une coopérative : nous les aidons, les informons…avant d’éventuellement investir dans la coopérative.

Nous ne prenons que des participations minoritaires dans toutes ces entreprises : nous ne participons pas directement aux conseils d’administration et donc aux prises de décision. Notre participation va en général de 100.000 à 1.000.000 d’Euro. Nous souhaitons être avant tout des partenaires des dirigeants en leur apportant un regard extérieur, en leur faisant profiter de notre expérience.

Enfin, lorsque l’on nous propose des dossiers et des projets, aux critères « financiers classiques » s’ajoutent des critères « éthiques » de préservation de l’emploi et du tissu économique et social local. Nous cherchons malgré tout une rentabilité dans nos investissements, mais moindre que les fonds classiques et nous privilégions l’action à plus long terme.

 

Dans quelle mesure votre métier est-il concerné par les problématiques touchant à l’insolvabilité ?

Lorsqu’une entreprise connaît des difficultés, l’EBO (Employee Buy Out/ Rachat par les employés) est souvent envisagé.

Hélas, cette solution -qui se trouve pourtant être viable : près de 50% des entreprises dans lesquelles nous investissons survivent à échéance de 7 ans- est dans la plupart des cas malheureusement envisagée trop tard. Lorsqu’une entreprise est dans une situation critique, un rachat par les employés ne la sauvera pas et ne fera que prolonger « artificiellement » son existence.

Quand cette option de rachat par les employés est envisagée plus en amont dans la procédure, avant que la situation de l’entreprise ne soit irrémédiablement compromise, les chances de succès sont bien meilleures.

Enfin, lorsqu’une entreprise dans laquelle nous avons investi commence à montrer des signes de défaillance, nous pouvons conseiller au dirigeant de s’adresser au Tribunal de Commerce pour envisager une procédure de mandat ad hoc, ou conciliation ou de sauvegarde. Nous essayons d’avoir le maximum d’information en provenance des entreprises où nous avons une participation, parce que notre appréciation de l’entreprise dépend directement du niveau d’information qui nous parvient. Lorsque nous le pouvons, le plus en amont possible, nous conseillons donc au dirigeant d’entreprendre quelque chose pour éviter que l’entreprise ne s’installe dans la crise. La procédure du mandat ad hoc est un très bon moyen selon moi de réagir lorsque les premières difficultés apparaissent et évite que le dirigeant ne commette des erreurs qui seraient lourdes de conséquences. Lorsqu’une de ces entreprises fait malgré tout l’objet de l’ouverture d’une procédure collective, nous continuons notre rôle de conseil : c’est un avantage pour le chef d’entreprise de pouvoir dialoguer avec un partenaire qui partage les mêmes intérêts tout en étant plus «extérieur» au dossier.

 

Que pensez-vous de la réforme et de la loi de sauvegarde ?

Je dirais « bien, mais peut mieux faire » !

Cette réforme devrait favoriser une meilleure prévention des difficultés d’entreprise : c’est dans tous les cas une bonne chose ; le moment où l’on diagnostique une difficulté est cruciale pour sa résolution.

Par ailleurs, le privilège accordé à la « New Money » me paraît positif : il est normal que celui qui soutient à risque une entreprise en difficulté reçoive des garanties. J’ai peur que cette volonté de réinjecter de l’argent à tout prix -de vouloir sauver les entreprises à tout prix- ne soit pas forcément une bonne idée : c’est parfois inutile et il vaut mieux la liquider s’il est déjà trop tard.

Enfin, en tant qu’ancien élu local, j’ai pu constater l’impact des procédures collectives était particulièrement important ; à ce titre les collectivités devraient pouvoir être intégrées aux procédures.


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